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Ce masque et ces mains, c'�tait Chante-en-hiver.
Chante-en-hiver, suffoqu� par la fum�e qui montait d'en bas, avait r�ussi � entrer dans l'embrasure de la
meurtri�re, l� l'air ext�rieur l'avait ranim�, la fra�cheur de la nuit avait fig� son sang, et il avait repris un peu
de force ; tout � coup il avait vu surgir au dehors devant l'ouverture le torse de Radoub ; alors, Radoub ayant
les mains cramponn�es aux barreaux et n'ayant que le choix de se laisser tomber ou de se laisser d�sarmer,
Chante-en-hiver, �pouvantable et tranquille, lui avait cueilli ses pistolets � sa ceinture et son sabre entre les
dents.
Un duel inou� commen�a. Le duel du d�sarm� et du bless�.
Evidemment, le vainqueur c'�tait le mourant. Une balle suffisait pour jeter Radoub dans le gouffre b�ant sous
ses pieds.
Par bonheur pour Radoub, Chante-en-hiver, ayant les deux pistolets dans une seule main, ne put en tirer un
et fut forc� de se servir du sabre. Il porta un coup de pointe � l'�paule de Radoub. Ce coup de sabre blessa
Radoub et le sauva.
Radoub, sans armes, mais ayant toute sa force, d�daigna sa blessure qui d'ailleurs n'avait pas entam� l'os, fit
un soubresaut en avant, l�cha les barreaux et bondit dans l'embrasure.
L� il se trouva face � face avec Chante-en-hiver, qui avait jet� le sabre derri�re lui et qui tenait les deux
pistolets dans ses deux poings.
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Quatre-vingt-treize
Chante-en-hiver, dress� sur ses genoux, ajusta Radoub presque � bout portant, mais son bras affaibli
tremblait, et il ne tira pas tout de suite.
Radoub profita de ce r�pit pour �clater de rire.
Dis donc, cria-t-il, Vilain-�-voir! est-ce que tu crois me faire peur avec ta gueule en boeuf � la mode?
Sapristi, comme on t'a d�labr� le minois!
Chante-en-hiver le visait.
Radoub continua:
Ce n'est pas pour dire, mais tu as eu la gargoine joliment chiffonn�e par la mitraille. Mon pauvre gar�on,
Bellone t'a fracass� la physionomie. Allons, allons, crache ton petit coup de pistolet, mon bonhomme.
Le coup partit et passa si pr�s de la t�te qu'il arracha � Radoub la moiti� de l'oreille. Chante-en-hiver �leva
l'autre bras arm� du second pistolet, mais Radoub ne lui laissa pas le temps de viser.
J'ai assez d'une oreille de moins, cria-t-il. Tu m'as bless� deux fois. A moi la belle!
Et il se rua sur Chante-en-hiver, lui rejeta le bras en l'air, fit partir le coup qui alla n'importe o�, et lui saisit
et lui mania sa m�choire disloqu�e.
Chante-en-hiver poussa un rugissement et s'�vanouit.
Radoub l'enjamba et le laissa dans l'embrasure.
Maintenant que je t'ai fait savoir mon ultimatum, dit-il, ne bouge plus. Reste l�, m�chant tra�ne-�-terre.
Tu penses bien que je ne vais pas � pr�sent m'amuser � te massacrer. Rampe � ton aise sur le sol, concitoyen
de mes savates. Meurs, c'est toujours �a de fait. C'est tout � l'heure que tu vas savoir que ton cur� ne te disait
que des b�tises. Va-t'en dans le grand myst�re, paysan.
Et il sauta dans la salle du premier �tage.
On n'y voit goutte, grommela-t-il.
Chante-en-hiver s'agitait convulsivement et hurlait � travers l'agonie. Radoub se retourna.
Silence! fais-moi le plaisir de te taire, citoyen sans le savoir. Je ne me m�le plus de ton affaire. Je m�prise
de t'achever. Fiche-moi la paix.
Et, inquiet, il fourra son poing dans ses cheveux, tout en consid�rant Chante-en-hiver.
Ah ��, qu'est-ce que je vais faire? C'est bon tout �a, mais me voil� d�sarm�. J'avais deux coups � tirer. Tu
me les as gaspill�s, animal! Et avec �a une fum�e qui vous fait aux yeux un mal de chien!
Et rencontrant son oreille d�chir�e:
A�e! dit-il.
Et il reprit:
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Quatre-vingt-treize
Te voil� bien avanc� de m'avoir confisqu� une oreille! Au fait, j'aime mieux avoir �a de moins qu'autre
chose, �a n'est gu�re qu'un ornement. Tu m'as aussi �gratign� � l'�paule, mais ce n'est rien. Expire, villageois,
je te pardonne.
Il �couta. Le bruit dans la salle basse �tait effrayant.
Le combat �tait plus forcen� que jamais.
�a va bien en bas. C'est �gal, ils gueulent vive le roi. Ils cr�vent noblement.
Ses pieds cogn�rent son sabre � terre. Il le ramassa, et il dit � Chante-en-hiver qui ne bougeait plus et qui
�tait peut-�tre mort:
Vois-tu, homme des bois, pour ce que je voulais faire, mon sabre ou zut, c'est la m�me chose. Je le
reprends par amiti�. Mais il me fallait mes pistolets. Que le diable t'emporte, sauvage! Ah ��, qu'est-ce que je
vais faire? Je ne suis bon � rien ici.
Il avan�a dans la salle t�chant de voir et de s'orienter. Tout � coup dans la p�nombre, derri�re le pilier du
milieu, il aper�ut une longue table, et sur cette table quelque chose qui brillait vaguement. Il t�ta. C'�taient
des tromblons, des pistolets, des carabines, une rang�e d'armes � feu dispos�es en ordre et semblant n'attendre
que des mains pour les saisir ; c'�tait la r�serve de combat pr�par�e par les assi�g�s pour la deuxi�me phase
de l'assaut ; tout un arsenal.
Un buffet! s'�cria Radoub.
Et il se jeta dessus, �bloui.
Alors il devint formidable.
La porte de l'escalier communiquant aux �tages d'en haut et d'en bas �tait visible, toute grande ouverte, � c�t�
de la table charg�e d'armes. Radoub laissa tomber son sabre, prit dans ses deux mains deux pistolets � deux
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